Gauvain, ou la dernière quête d'un héros perdu
*Une vieille taverne, ou comme une sorte de pub qui aurait bien vieilli, quelque part en région parisienne. Vous rentrez, fendant les nuages de fumée de cigarettes et de pipes aux tabacs âcres et sucrés à la fois. Et tout là bas, au fond, derrière le vieillard avec sa canne et les étranges chaussures bicolores, vous voyez un homme, tout de noir vêtu, engoncé dans un cuir trois quarts. Et juste à côté de lui, posée contre le zinc, une épée de chevalier. Intrigué vous vous approchez, il ne vous regarde pas et au moment ou vous alliez le dépasser pour aller vous assoir plus loin il déplace légèrement son épée qui vient vous stopper net au creux des reins. Il ne se retourne pas mais prend la parole d'un voix à la fois puissante, et lasse.*
Assied toi, étranger... J'me présente, je m'appelle Gauvain, fils du Roi Lot d'Orcanie. Prend donc une pinte avec moi, tu veux? Patron! Une pinte de cidre pour mon ami, là. Ben quoi? De la bière? J'ai dit du cidre, ce sera du cidre. On dira ce qu'on voudra, mais dans mon Orcanie natale, c'était des pommes qui poussaient, alors c'est comme ça et c'est pas autrement. Ca te fait bizarre, hein, de parler à un mec qui a une épée? C'est parce que tu n'en as encore jamais vu des comme ça... Quand t'as vu une épée qui a tué, les neuves veulent plus rien dire... Hééé oui, fut un temps ou je me battais pour une quête fantastique, le Graal, par les entrailles du Pape! Oui, j'me lève et j'tape des poings, mais c'est pour une bonne raison! Cette vie d'aujourd'hui n'a plus aucun sens! On se bat pour des chimères, des plaisirs fugitifs et qui n'amènent rien d'autre que de la tristesse, de l'angoisse... De mon temps je courrais à travers les landes, je me battais, prenais des chateaux, en défendait d'autres, troussais des donzelles dans les bottes pailles, oui oui z'avez bien entendu! Et tout ça était fantastique, tout c'la était pur! Aujourd'hui tout n'est plus que grisaille...
Et me d'mandez pas pourquoi j'suis ici à cette époque, hein! Tout le monde me demande ça mais personne ne pose les bonnes questions... Oh et puis merde, voila, vous m'faites tous chier, pouvez pas comprendre c'que c'est l'amour? Pouvez pas comprendre que c'est ce que nous cherchons tous au fond, ce qui nous fait vivre? L'amour je crois que ça n'existe plus, voila...
*Sentant que l'homme s'enfonce peu à peu soit dans les méandres sinueux de l'alcool, soit dans une démence nostalgique, vous vous esquivez le plus prudemment possible. Soudain le chevalier se dressa sur ses jambes, le visage ruissellant de larmes et l'épée au poing, et hurla ce qui semblait être un cri de guerre, incompréhensible. Puis, aussi vite qu'il s'était dressé, il s'écroula sur sa table. Profitant de ce répit vous quittez votre tabouret et vous retournez vers la porte. C'est là que vous manquez de rentrer dans une femme au style étrange, semblant sortir tout droit d'une vente du rebut de l'armée soviétique russe. De son long manteau de campagne sortait la pointe d'un magnifique sabre. Vous esquissez un mouvement de panique, portant vos mains à votre visage: vous etes manifestement tombé dans un repaire de fous dangereux. Même le vieillard doit être redoutable. La femme vous attrape le bras avec une fermeté impressionnante et vous glisse à l'oreille en vous approchant d'elle de force: "On ne plaisante pas avec l'amour, petit...". Puis elle vous relache et vous laisse passer. En ressortant de cette taverne, vous la voyez s'approcher du soit disant nommé Gauvain, et le redresser sur son siège avec un respect et une tendresse désarmants. Puis la taverne disparait derrière vous dans des volutes de brume*
Assied toi, étranger... J'me présente, je m'appelle Gauvain, fils du Roi Lot d'Orcanie. Prend donc une pinte avec moi, tu veux? Patron! Une pinte de cidre pour mon ami, là. Ben quoi? De la bière? J'ai dit du cidre, ce sera du cidre. On dira ce qu'on voudra, mais dans mon Orcanie natale, c'était des pommes qui poussaient, alors c'est comme ça et c'est pas autrement. Ca te fait bizarre, hein, de parler à un mec qui a une épée? C'est parce que tu n'en as encore jamais vu des comme ça... Quand t'as vu une épée qui a tué, les neuves veulent plus rien dire... Hééé oui, fut un temps ou je me battais pour une quête fantastique, le Graal, par les entrailles du Pape! Oui, j'me lève et j'tape des poings, mais c'est pour une bonne raison! Cette vie d'aujourd'hui n'a plus aucun sens! On se bat pour des chimères, des plaisirs fugitifs et qui n'amènent rien d'autre que de la tristesse, de l'angoisse... De mon temps je courrais à travers les landes, je me battais, prenais des chateaux, en défendait d'autres, troussais des donzelles dans les bottes pailles, oui oui z'avez bien entendu! Et tout ça était fantastique, tout c'la était pur! Aujourd'hui tout n'est plus que grisaille...
Et me d'mandez pas pourquoi j'suis ici à cette époque, hein! Tout le monde me demande ça mais personne ne pose les bonnes questions... Oh et puis merde, voila, vous m'faites tous chier, pouvez pas comprendre c'que c'est l'amour? Pouvez pas comprendre que c'est ce que nous cherchons tous au fond, ce qui nous fait vivre? L'amour je crois que ça n'existe plus, voila...
*Sentant que l'homme s'enfonce peu à peu soit dans les méandres sinueux de l'alcool, soit dans une démence nostalgique, vous vous esquivez le plus prudemment possible. Soudain le chevalier se dressa sur ses jambes, le visage ruissellant de larmes et l'épée au poing, et hurla ce qui semblait être un cri de guerre, incompréhensible. Puis, aussi vite qu'il s'était dressé, il s'écroula sur sa table. Profitant de ce répit vous quittez votre tabouret et vous retournez vers la porte. C'est là que vous manquez de rentrer dans une femme au style étrange, semblant sortir tout droit d'une vente du rebut de l'armée soviétique russe. De son long manteau de campagne sortait la pointe d'un magnifique sabre. Vous esquissez un mouvement de panique, portant vos mains à votre visage: vous etes manifestement tombé dans un repaire de fous dangereux. Même le vieillard doit être redoutable. La femme vous attrape le bras avec une fermeté impressionnante et vous glisse à l'oreille en vous approchant d'elle de force: "On ne plaisante pas avec l'amour, petit...". Puis elle vous relache et vous laisse passer. En ressortant de cette taverne, vous la voyez s'approcher du soit disant nommé Gauvain, et le redresser sur son siège avec un respect et une tendresse désarmants. Puis la taverne disparait derrière vous dans des volutes de brume*

